« Mais la vrai basse du cornet à bouquin se fait avec le serpent, de sorte que l’on peut dire que l’un sans l’autre est un corps sans âme » (Père Marin Mersenne, Harmonie Universelle 1636_1637)
Le père Marin Mersenne nous parle t’il si poétiquement du tout nouveau « serpent d’église » en Ré ( inventé à Auxerre en 1590 par le chanoine Edmé Guillaume), ou fait-il référence à la grande basse de cornet en Sol, qui, en Italie et en France, au fil du XVI° siècle s’est repliée pour prendre une forme de serpent afin d’en allonger la longueur du corp sonore?
L’iconographie du XVI° et XVII° nous donne à voir de très nombreux serpents, au formes et longueurs variées, souvent plus petits que notre serpent d’Eglise.
Est-il possible que Mersenne nous parle de deux instruments de longueurs différentes, ayant cohabités au XVII° et XVIII° siècles, pour laisser la place au XIX° au seul serpent d’église dont de très nombreux exemplaires nous sont connus.
Nous voulons, par ce projet d’étude, étudier les petits serpents des musées: Carpentras (FR) Bibliothèque Ingimbertine, Colmar musé Unterlinden, Paris Cité de la musique, Vienne Kunsthistorisches Museum, Bologne Museo Internationale……de nombreux autres instruments sont très certainement à découvrir.
Nous choisirons le plus pertinent de ces « serpentino » pour en réaliser une copie dans l’atelier de Stephan Berger (Les Bois CH). Il s’agit, là aussi, de répondre à de nombreuses questions sur la fabrication de l’instrument : recouvert de cuir ou de parchemin?, quelles essences de bois?, quels types de colle……
Nous chercherons les manuscrits qui mentionnent le terme « Serpentino »: Bibliothèque du Puy en Vellay ( anonyme XVIII°) , Bibliothèque Nationale de France ( Brossard Missa Gardeamus omnes »..……afin de comprendre ou et dans quelles conditions le serpentino sonnait.
Coté pédagogique, le petit serpent sera, de part sa petite taille, un outil précieux pour l’apprentissage des jeunes étudiants.
Il permettra aux serpentistes expérimentés de s’approprier un siècle de musique supplémentaire avant l’apparition du serpent d’église) , l’immense répertoire instrumental Italien du XVI° par exemple.
Nous souhaitons, en résumé, retrouver « l’âme » dont parle le Père Mersenne, redonner vie à un timbre, à une sonnorité, nous en sommes convaincus, splendide!
Michel Godard/Stephan Berger